ressemblance mère fille caprice education metier difficultés parentalité conflits

Telle mère telle fille

Publié le: 27 août 2018 by Marie LAUNAY

Il y quelques jours, un soir, je me suis isolée de vous pour pleurer. Il fallait que ça sorte. Ma colère surtout, cette once de tristesse, une grosse dose de mal-être et ce sentiment si récurrent de culpabilité. L’après midi a été dure. Encore des caprices, on se fâche quotidiennement… je ne le supportes plus.

On nous le dit souvent, telle mère telle fille, il parait que tu me ressembles beaucoup. Physiquement au premier abord, deux couettes blondes et bouclées, des yeux clairs qui peuvent vite virer au noir et une moue légèrement boudeuse font l’affaire, tu es cataloguée, c’est ta mère tout craché. Mais j’en suis flattée. Quand je vois la petite beauté que tu es, je ne peux en être que flattée ma Maïa.

Et puis au delà, on nous le dit souvent, telle mère, telle fille, tu me ressemble bien plus profondément que ça…

Tiens, tiens … Impatience. Colère. Nous y revoilà, vous mes deux pires ennemies, on se retrouve inéluctablement face à face aujourd’hui. Moi qui vous croyais en cavale depuis les années 2000. Vous ces défauts que j’ai toujours du mal à assumer du haut de mes 31 ans. En face à face. Tels de vieux démons, vous réapparaissez dans les yeux bleus de ma fille de quatre ans et je ne peux m’empêcher de vous combattre avec bien plus de vigueur que ces 30 dernières années… Et, à bout de patience, de calme et de force, je leur cède, dans un conflit d’intérêts émotionnels dont on ne viendra pas à bout, en tentant en vain de ne pas te laisser prendre, ma MaÏa, fatalement, puisque on nous le dit si souvent, la même voie que moi.

J’ai du mal à m’habituer au rythme de croisière que la vie nous impose. A peine nous quittons un port qu’une tempête en pleine mer nous attend et nous fait passer le voyage bien plus rapidement. De port en port, il n’y a que quelques brises de temps qui se sont écoulées, il n’y a pas si longtemps on était là toutes les deux, toi dans mes bras, moi à te supplier de ne pas grandir trop vite… Et le temps d’un clin d’oeil, je découvre tes grandes jambes de danseuse, ta chevelure de Reine des neiges et tes dessins de bonhomme qui nous ressemblent de plus en plus. Notre pacte était devenu obsolète.

Quand on n’a pas d’enfant, on toujours un tas d’idées préconçues. Peut être en avais-je encore plus que les autres, moi cette instit à qui aucune petite fille de 4 ans ne pouvait résister. Mais toi tu me résistes. Et je ne peux moi même le faire. Tu me connais par coeur, et inversement. Nous sommes indissociables. Et ça me fait peur. Tu es la seule et l’unique qui saura jouer de mes faiblesses et appuyer sur le détonateur. J’ai peur de nos futurs conflits d’ado/parents car je les ai vécu de l’autre côté il n’y a pas si longtemps. Si, si, je te jure, il n’y a pas si longtemps. Il ne manquerai plus que ton père nous rajoute une crise de la quarantaine là dessus…

Zéro feedback. Zéro formation. Une multitudes de compétences à acquérir en peu de temps … Etre votre maman est vraiment le job le plus difficile que je n’ai jamais eu à assurer. Et j’ai l’impression que c’est de plus en plus difficile au fur et à mesure des années. Certes les quinze réveils en six heures de sommeil de nos premières nuits, les poussées dentaires, les premières séparations n’étaient pas simples. Mais depuis quelques années le challenge se corse, vous êtes deux, tu comprends mieux le monde qui t’entoure, les inquiétudes grandissent et les solutions pas toujours à portée. J’apprends, tous les jours, et je ne fais pas toujours du mieux que je peux même si je le voudrais.  Je t’ai donné la vie, mais ce n’était qu’une toute petite partie de ce qui nous attendait. J’ai cette obligation de résultat maintenant. Celle de vous aider à la vivre cette vie, de la façon la plus sereine, confiante, aimante et humaine possible. Juste cette obligation à long terme de résultat comme une épée de Damocles dans ma tête. Juste ce challenge à relever par moi la grande perfectionniste du temps de mes cahiers d’écolière qui va devoir apprendre à lâcher du lest pour tenter d’y arriver.

Il y quelques jours, un soir, je me suis isolée de vous pour pleurer. Et tu es arrivée près de moi. Dans tes yeux, je ne voyais plus la même chose, ils pétillaient à nouveau, comme à leur habitude. Ta main sur ma jambe se voulait réconfortante, tes yeux que je te connaissais si bien étaient déjà en train de me pardonner tandis que ta bouche me demandait dans un chuchotement ce qui ce passait. Tu avais tout oublié. Et moi tout trop pris à coeur. Je ne savais plus quoi répondre. Je ne suis plus en colère, ni triste ou mal. Je me retrouves en face de toi comme au tout premier jour, comme si cette bulle de négativité que tu as foulé de tes escarpins taille 28 m’avait fait tout oublié, y compris la douceur de cette main, la tendresse de ton regard, la moelleux de ta joue quand j’y appose mon baiser du soir.

De ce black-out éphémère, j’en avais surtout oublié l’essentiel. Telle mère, telle fille, mais pas que… Arrêtez ces histoires de caractères, de génétique, de fatalité! Tu es cette moitié de moi, cette moitié de lui aussi – têtue comme ton papa et quand vous vous y mettez tous les deux vous me faites tellement craquer –  et tu as cette partie bien à toi. Curieuse, observatrice, tu as une mémoire d’éléphant et tu sais bien mieux que nous pardonner et assumer tes erreurs. De toi j’ai tellement à apprendre encore, à vivre, à survivre probablement mais je dois garder le cap en tête et penser au calme du port qui nous attend au bout de ces traversées, un peu plus difficiles que les autres.

enfant parents caprices conflits parentalite
Crédit Photo: Jérémy Fiori
A moi de vous lire ! N'hésitez pas à poster un commentaire (via facebook ou directement sur le blog)

No Comments

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *