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Paillettes et confinement

Publié le: 10 mai 2020 by Marie LAUNAY

Jour -1

Il y avait cette ambiance que je n’avais jamais connu. Ce dernier vendredi en allant vous chercher à l’école, les interrogations des adultes devenaient tellement oppressantes dans ce couloir remplis de couleurs et de paillettes sur les murs. Tu as couru avec ta meilleure amie jusqu’à la voiture comme tous les soirs. Vous vous êtes serrées dans les bras pour vous dire au revoir. Comme tous les soirs.

Ce dernier vendredi en faisant nos courses chez nos producteurs, les gens se retournaient plus facilement sur vos rires d’enfants comme s’ils dénotaient soudain avec l’atmosphère pesante que notre Président avait insufflé la veille. 

« Elles sont pleines de vie, ça fait du bien ». 

C’est vrai que ça faisait du bien, j’avais le cœur lourd et les bras chargés – un peu plus que d’habitude – et vous dansiez au milieu des gens, les mêmes que je retrouverai à un mètre d’intervalle camouflés sous leur masque et gants la semaine prochaine. 

J’avais peur. Peur pour vous, pour votre père, pour nos proches, vos arrières grands parents, votre oncle qui allait sûrement être sur le front. Peur pour notre entreprise que nous venions de fermer. Peur d’allumer la télé qui nous balançait de nouvelles mesures toutes les 48h, avalant douloureusement la première pilule avant d’en prendre une autre.

Nous commencions notre confinement.

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Jour 5

Il fait beau, on se surprend à en profiter. Vous êtes heureuses.

Nos journées étaient rythmées de rêves, d’atelier d’écriture et je dois l’avouer quelques dessins animés.

J’apprécie dans ce stress ces moments dédiés à 100% pour vous, comme si c’était un luxe que l’on n’avait jamais osé s’accorder, à vous apprendre à découper et à lire, à être époustouflée de ces progrès et années passées.

Entre deux bisous volés à papa en télétravail dans son bureau temporaire, je vous vois courir dans le jardin – et mon dieu quelle chance nous avons d’avoir un jardin. Finalement vous, mes filles, êtes comme ces marguerites ou ces canaux à Venise qui reprennent leurs droits loin de nous, vous vous épanouissez comme éloignées de ce monde égoïste d’adulte…

Peut-être qu’un jour, quand elles n’auront plus besoin que je les pousse sur la balançoire, quand elles n’auront plus le temps de s’ennuyer ni même d’expliquer pourquoi, lors de ce printemps 2020 on a pris le temps d’écouter le chant des oiseaux et d’observer la rotation des rayons du soleil sur la cime des arbres du jardin, elles garderont un bon souvenir de tout ça.

Jour 9

Confinement devient un mot courant dans ta bouche. Nos piles de dossier de boulot baissent aussi vite que les provisions du frigo alors même qu’on nous annonce six semaines de confinement. Un drive s’anticipe une semaine à l’avance, deux jours pour se connecter et cinq pour avoir un créneau de retrait…

Que ferons nous quand nous pourrons ressortir librement ? Nous filerons vous acheter des chaussures d’été sûrement, je ne pensais pas qu’il nous prendrait autant de court cette année, moi l’éternelle d’impatiente des premiers rayons chauds, celle qui compte les mois d’hiver comme s’ils pouvaient passer plus vite, et qui garde l’horloge de sa voiture à l’heure d’été toute l’année.

La farine devient une denrée rare et nos soirées crêpes aussi. Les apéros vidéo sont à la mode et ceux avec la belle-famille ressemblent à s’y méprendre au bordel des repas de Noël. Certains choses ne changent pas même à distance ! 

Jour X – 11 ou 12 probablement

On ne sait plus très bien quel jour nous sommes. On fait de la lecture le dimanche et des matinées off en plein milieu de semaine.

Les dessins animés deviennent de plus en plus nombreux et mes idées en arts visuels diminuent comme la pile de feuilles blanches de mon bureau et les cartouches de l’imprimante.

Vous par contre n’êtes jamais à court d’imagination, vous inventez des jeux tous les jours et je me surprends à jalouser cette innocence qui vous ressemble tant et ce champ de possibilités que vous avez dans votre rêverie d’enfant.

On a raté le jour du printemps…mais la semaine prochaine c’est le premier avril, commençons nos poissons ! On utilise beaucoup de paillettes. Beaucoup !

Et puis on s’est adapté. On a cette capacité surprenante à s’adapter. Ton père a vendu sa première cuisine à distance, je suis toujours impressionnée par ses talents de négociateurs. Et puis d’un coup le terme « prendre le temps » prenait désormais tout son sens. 

Jour 16

Tu t’habilles toute seule – le rose , le rouge et les paillettes se mélangent dans un style très particulier quand tu ne choisis pas uniquement une paire de collant comme habit du dimanche. Les premiers cas de covid 19 émergent autour de nous. Vous voulez dormir ensemble, faire des maquillages de princesses et des gâteaux tous les deux jours, et parfois on en oublie même de démêler les cheveux.

Quelquefois on gère bien, les enfants sont sages, la maison est rangée… et puis il y’a toujours ce moment où tout part en vrille tu te retournes et la maison est sans dessus dessous en levant les yeux au ciel … et pourtant dans une esquisse de sourire je connais ma chance d’être confinée avec vous.

On nous a dit que nous étions en guerre. Ça ressemblait sûrement à ça dans les hôpitaux, mais pour nous la guerre restait relativement douce. Certes nous avions un peu moins de confort et de liberté de circuler et d’embrasser qui nous voulions, cette liberté qu’on prenait pour acquis il y a quelque semaine.

J’appelle ma grand-mère plus que de coutume. En fait la guerre ne ressemblait pas tout à fait ça. Les confinements se faisaient dans les caves pendant des jours entiers à écouter pour seul bruit celui des bombes aériennes, et non celui des oiseaux à la période des amours. La guerre consistait à dire aux revoir aux hommes de la maison ignorant s’ils reviendraient un jour et non à les découvrir à midi en jogging en train de regarder camping paradis. 

Jour 29

Je n’ai pas de talent de couturière. A priori c’est une qualité qui va être amenée à nous manquer quand les photos des yeux de nos proches défilent mettant en concurrence ce nouvel accessoire à la mode.

Ah oui, aussi, nous n’avons plus de paillettes.

Les jours se comptent de moins en moins facilement. Ils se décomptent.

« C’est Manuel Macrone à la télé? » (avec l’accent italien svp !) Oui c’est lui mon amour. Elle commence à bien le connaître, il apparaît toutes les semaines en ce moment. Macrone sera pour toi le Chichi de mon enfance, le président dont on se souvient.

Votre vie à vous est à 1000 à l’heure. Je te lève à 23h pour observer les étoiles. Tu me demandes d’où vient la vie. On parle de Cro Magnon et de dinosaures, d’amour et de bébé, d’animaux et de la Terre. Vous dormez ensemble et rigolez jusqu’à 22h et les apéros deviennent clairement trop nombreux en semaine. 

Je crois qu’on s’habitue à ce confinement. Faudra pas le dire à Macrone mon cœur, il pourrait nous rajouter quelques mois. 

Jour 33

Aujourd’hui on ne compte plus les jours de confinement. On compte ceux du covid. Ils pèsent plus lourd ceux-là. Papa a de la fièvre, il est en quarantaine et Maïa tu n’es pas en forme non plus, je passe mes nuits près de toi en espérant.

Et puis ça s’est arrêté là. Covid ? Pas covid ? On ne saura pas mais le mot est trop présent dans notre foyer alors on désinfecte et on s’isole un peu plus juste le temps que la tempête se calme.

Jour 47

Parfois – souvent- on zappe ces infos anxiogènes de 20h pour mettre de vieux épisodes de Friends en essayant de rattraper notre retard en télétravail et en gérant le coucher des enfants qui se croyaient un peu trop en vacances. Parfois tu traines avec nous et je t’entends rire aux éclats quand Ross n’arrive pas à remettre son pantalon en cuir.

Et puis il y a eu ce soir-là, celui on tu as grandi d’un coup quand ta première dent de lait commençait à bouger !  Sacrée émotion pour la maman que j’étais il y a 5 ans m’inquiétant de ne pas encore voir apparaître tes quenottes alors même que tu approchais de tes 1 an.  Émotion doublée en me demandant si ta maitresse pourrait à son tour te retrouver édentée…

Jour 50

J’ai du mal à y croire en comptant ce nombre sur le calendrier.

Les choses s’organisent pour ce déconfinement qui ne ressemblera pas vraiment à ce qu’on avait imaginé. Des masques en tissus sont distribués. De toutes les tailles, de toutes les couleurs.

On va vraiment vivre avec ça.

L’école va reprendre. Pas l’école que j’ai connue ni celle que tu as connu il y a quelques semaines. Dans mon école à moi, on prenait la règle du tableau pour écrire la date et on s’échanger des pogs sur la cour de récré. Tu vas retourner à l’école mais même les vélos te seront interdits. Plus de secrets susurrés à l’oreille entre copines, ni même de rangs deux par deux en se tenant la main.

Jour 56

Je ne sais pas vous dire comment sera la vie demain mes amours.

Je ne sais s’il faudra deviner les sourire dans les yeux des autres. Je ne sais pas si nos prochains cadeaux de noël seront des masques à paillettes. Je ne sais pas si on pourra se serrer dans les bras quand on sera fier de nos proches ou alors peinés. Je ne sais pas si on pourra à nouveau embrasser nos grands-parents ceux qui vous trouveront tellement grandis à la fin de tout ça. Norah fait des phrases complètes. Super complètes. Genre sujet verbe complément ! Je ne sais pas s’il y aura une fin ou s’il s’agit seulement d’un début.  Je ne sais pas si ça nous servira de leçon, si nous achèterons plus local et plus réfléchi. Je ne sais pas si nous avons enfin compris que la terre ne s’arrêtera pas de tourner sans l’espèce humaine, et qu’elle se portera même mieux.

« C’est dans combien de temps mon anniversaire ? » « Dans deux semaines ? C’est pas beaucoup ! »

Ce qui te paraissait être une éternité il n’y a pas si longtemps te semble bien plus relatif désormais.

Alors nous y voilà. C’est la fin de ce confinement. De cette situation hors du temps que nous avons vécu. On a troqué nos manteaux d’hiver aux tee-shirts et ton cartable à une boite hermétique individuelle. 73 chutes plus tard, 3 coupes de cheveux improvisées, 2 dents abimées, 5 bleus sur les cuisses, 2 mois de confinement, 1000 idées à la journée et 999 « je sais pas quoi faire maman ». Après avoir boudé pieds nus dans l’herbe, après s’être (trop) souvent habillés après 11h. Après 50 bains donnés par papa, et 90 idées de recette de maman, nous allons sortir de ce cocon. Affronter cette nouvelle vie.

« Tu voudrais quoi pour ton anniversaire mon amour ? »

«  Mmm, …des paillettes, plein de paillettes! »

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