One year old

Publié le: 14 juillet 2018 by Marie LAUNAY

J’avais peur. Je ne te le cacherai pas mon amour. Avant de voir ton petit bout de nez, tes jolis cheveux roux d’une douceur absolue, tes petits poings serrés et leurs ongles si longs et fragiles … j’avais peur. Et pourtant tu étais notre deuxième. On devrait être rodé, m’étais-je imprimée dans la tête depuis ce test de grossesse un après midi de novembre tandis que ta future grande sœur était en train de choisir son goûter. On devrait être rodé, c’est ce que tout le monde s’imagine et c’est ce qui te laisse dans cette plus grande solitude encore parfois. Mais je n’étais plus prête … je lui avais dit à ton papa que je n’étais pas prête. Il ne pouvais pas prendre ces jours de congé paternité cette fois-ci. Mais il sera en vacances en août. Tu es censée arriver le 24… il n’y aura que quelques jours à tenir. Oui mais si tu arrives avant, bien avant… « Il y a ta mère qui va venir t’aider et la mienne ». Oui mais … Quand est ce que je vais réussir à prendre une douche entre deux tétées, les envies de la grande et les siestes non concomitantes de nos deux filles?

Le challenge devenait trop gros, les contractions commençaient à se faire sentir depuis quelques jours déjà et plusieurs allers retours à la maternité en disaient long sur mes angoisses. « On va vous déclencher demain matin Madame ». Quoi? Non, non, non, promis Madame la sage femme je ne reviens plus vous embêter avant de vraiment vraiment souffrir, je vous promets que la prochaine sera la bonne, là elle n’est pas du tout prête à sortir… C’est peut être mes angoisses et moi qui nous ont amené là mon bébé, j’en suis désolée. Je suis partie sans embrasser ta sœur qui faisait la sieste, je ne pensais pas rester cette nuit, avec toi toujours dans mon ventre, écoutant les lancements du feu d’artifice, résonnants dans ma carotide dont le stress commençait à monter, au bout de mon couloir d’hôpital que je parcourais de 100 pas. Bye bye surprise du moment, bye bye accouchement semi naturel, on va probablement nous injecter plein de produits en perfusion et tu vas naître un 14 juillet. Cette fois je le sais. On va perdre notre pari avec tous ces ingénieux idiots qui avaient misé sur cette date, ma petite patriote. Je te promets les plus beaux feux d’artifice à chacun de tes anniversaires, le mien était celui de ce soir là, du bout de mon couloir d’hôpital. Moi qui ne les aimaient pas, ils me feront probablement monter les larmes aux yeux désormais à admirer les éclats des rosaces enflammées du ciel dans tes jolis yeux bleus.

Comment pouvais-je imaginer ce 13 juillet 2017, que tu étais ma solution, mon antidote, celle qui m’allait me rassurer, m’apaiser, me raisonner. Finalement il te fallait juste un petit coup de pouce, et tu me l’as offert ce déclenchement naturel ce vendredi 14 juillet, à la vitesse de l’éclair d’ailleurs car tu n’as même pas laissé le temps à ton papa finir sa boîte de gâteaux préférés ni même sa partie de jeu sur son téléphone…

Je t’ai tout de suite reconnue, ma Norah, j’ai si souvent rêvé de toi et tu étais encore plus parfaite. Du haut de tes 50 cm, tu as bouleversé ce monde, mon monde que je croyais pourtant figé dans la roche depuis la naissance de ta soeur, toi qui a réussi cet exploit de faire briller ses yeux comme personne n’a pu le faire auparavant à la minute où elle a franchi la porte de la salle d’accouchement pour te rencontrer. Fière. Tu es la seule à l’avoir fait grandir d’un coup cette journée là. En un dixième de seconde exactement, vous étiez en train de créer un lien indestructible entre vous, peut être aussi fort que le notre ma fille. Ce moment magique. Elle est devenue ta complice à tout jamais.

Tu es douce et irrésistible, les sages femmes me confiaient que tes cheveux flamboyants les faisaient craquer et que tu étais même leur préférée! Finalement on était si bien toutes les deux, toutes seules, pourquoi étais-ce si angoissant?  Le baby blues habituel tu me l’as fait oublier en deux minutes, tu es venue compléter à la perfection notre petite famille, je me sentais bien et apaisée… c’est sûrement l’image qu’on laisser transmettre puisque nous passions des journées à la maternité sans apercevoir une sage femme.

Mon petit pot de colle à la crème tu as tellement grandi depuis ces premiers jours si intenses en émotions, en fatigue et en doutes. Nous faisons les choses tellement facilement et tellement différemment avec toi. J’ai fait le choix de rester avec toi à la maison cette année. J’ai eu la chance de te nourrir jusqu’à tes 9 mois et tu as boudé les biberons derrière. Tu as fait tes nuits à 5 semaines et tu ne t’es plus réveillée depuis. A peine tu as su te mettre debout que tu pensais déjà pouvoir marcher, autant te dire que tu nous as causé des sueurs froides ma petite téméraire… Ton petit caractère est déjà bien trempé. Tu es douce et têtue, aventureuse et un peu casse cou, tu as déjà si bien compris comment fonctionnait cette maison, les caprices de ta sœur le midi, les parties de rigolade dans la voiture ! Je n’arrive toujours pas à comprendre combien tu chausses – le 17 reste trop petit et le 18 est perpétuellement trop grand – ni même le nombre de siestes dont tu as besoin la journée, ou ce que tu as envie de manger le soir. Je ne sais même pas ce que c’est encore d’avoir deux filles, d’élever des soeurs. Vous allez m’initier à tout ça, nous avons encore tellement de belles choses à découvrir! Tous les jours est un challenge avec toi ma Norah et en même temps la vie est si facile à tes côtés !

Tu as balayé de tes si jolis petits pieds tous les préjugés sur les bébés, les déclenchements, les accouchements difficiles, le post partum, l’allaitement, les petits gabarits, les petites rousses, les deuxièmes d’une fratrie… On s’en fout bien plus de ce que le monde peut en dire, nous on s’aime et on reste collées l’une à l’autre. Bien trop vite tu vas comprendre que ton papa aussi est un tendre et bienveillant compagnon, souvent rigolo – du moins pour les moins de 5 ans – et tu vas devoir défendre ta place auprès de ta sœur sur ses genoux … mais pour le moment je profite de toi, de tes câlins un peu trop rares, de tes crises de larmes quand je m’éloigne de quelques mètres et de nos retrouvailles quelques secondes après! Je ne te le dis qu’à toi, mais ce sont mes meilleurs moments ceux là, juste toi et moi à se comprendre au milieu de ce monde imparfait. Tu vas le faire vaciller ce monde, je le sens au plus profond de moi, you will rock your world my love. Et je veux que cette confiance que tu m’as redonné ce 14 juillet 2017 dans mon coeur de maman imparfaite, tu la gardes en toi ma petite beauté!

60 décibels de plus dans cette maison, 42 gamelles, 5 dents et 1 varicelle plus tard, te voila bientôt devant ta toute première bougie et je ne l’ai pas vu venir! Alors ce soir, c’est en t’admirant endormie, derrière les barreaux de ton lit que nous avons baissé, que je vais savourer les dernières minutes de ta toute première année mon bébé, à écouter au loin les battements du feu d’artifice comme ceux de ton coeur qui résonnaient sur ce monitoring il y a maintenant douze mois. Merci d’être mon feu d’artifice. Merci d’être ma sérénité. Merci d’être venue combler la partie infiniment cachée de mon coeur de maman poule.

 

Credit photos : Jérémy Fiori

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