GEU grossesse extra utérine

Je te promets mon amour, ça va être une bonne journée…

Publié le: 8 juin 2019 by Marie LAUNAY

De cette journée qui avait si mal commencé, par notre dispute ma Maïa parce que tu ne voulais pas te brosser les dents à 7h45, par les pleurs de ta soeur réveillée sous les cris, par ce sentiment de gouffre que je n’arrivais plus à gérer. Tu ne voulais plus aller à l’école. Norah ne voulait plus s’habiller. Et les minutes devenaient des secondes à peine perceptibles.

Un moment de répit dans cette vague d’émotions trop intenses pour un 8h12 m’a fait te promettre que la journée allait être bonne, je le répétais inlassablement dans la voiture comme pour en convaincre tous les habitants de l’habitacle, enfin surtout moi, emprise dans cette culpabilité immense qui m’empêchait de décrocher un sourire. Ce mardi 5 mars, que j’ai pris toute la journée pour un mardi 6 sur tous mes courriers pros, pensant oublier même un anniversaire.

Et puis il y a eu ce trait légèrement positif qui apparaissait lentement sur lequel je n’avais à peine le temps de scotcher tandis que de l’autre côté de la porte ta soeur tombait du petit tabouret ou elle était assise et toi tu me débitais mille et une questions à une vitesse lumière. Je n’y crois pas vraiment, ce n’était qu’un coup d’oeil, il faudra que je retourne voir, du sans alcool pour moi ce soir, et si? Ce serait pour mi novembre? Un bébé de fin d’année. On sera cinq. C’est peut être trop, on ne sera plus jamais invité nul part… j’aurais peut être pu prendre de l’alcool ce soir?

Je ne sais plus de quoi demain sera fait, je caresse mon ventre instinctivement, nous gardons un secret immense, j’ai l’impression de sentir quelque chose au fond de moi, je m’en doutais peut-être, ces nausées en revenant de la montagne, cette aversion pour le beurre. Non je ne mettrai pas notre énervement de ce matin sur le dos des hormones, je ne veux plus de ça. On va être une famille nombreuse, il faut que ça change. J’ai peur de ne plus y arriver, je n’y arrive déjà plus parfois. Je suis heureuse, perdue, coupable et tout ça à la fois. C’est le bordel dans ma tête. J’ai beaucoup trop bu pendant les vacances. On garde ce secret, juste quelques heures, une nuit, on va faire une jolie annonce à papa, ça sera peut être la dernière. Peut être pas. De toute façon, on n’en est pas là.

Je te promets mon amour, aujourd’hui ça va être une bonne journée. Et demain ce sera celle de ton papa.

On a gonflé des ballons, on a fait des photos, elles n’avaient pas vraiment envie. « Non Norah toi tu as le numéro 2 » – « Mais pourquoi maman tu as le 3 toi? ». « Chut il rentre les filles ». C’était une jolie annonce, un papa comblé ému aux larmes qui se doutait bien que quelque chose avait changé, il commence à reconnaitre les symptômes désormais ce papa aguerri…

C’était une jolie annonce, la prochaine… il n’y en aura peut être pas, en tout cas elle sera probablement moins féérique, probablement plus mathématiques, probablement empreinte de bien plus d’hésitations…

Aux sautes d’humeur et aux prémices de ces projets d’après se mêlent des taux Beta HCG qu’on voudrait voir augmenter plus rapidement, aux premières échographies se mêlent des regards inquiets. Une fausse couche? Un retour de règles probablement… vous savez, celles qu’on déteste quand on a 14 ans et qu’on redoute encore plus à 30 ans. Le numéro 3 que je lui avait porté fièrement commence déjà à se dégonfler dans le fond de notre placard et les bleus provoquées par l’aiguille des labos sont de plus en plus nombreux sur mes bras. « On va contrôler ». Mais contrôler quoi exactement? Les dires du médecin ne se révèlent pas, le taux continue à augmenter et cette fois il a même triplé. Et si? Les heures sont longues, surtout pendant un weekend, il reste quelque chose là dedans qui grandit. Je suis irritable, fatiguée et dégoutée, je suis chiante et pourtant optimiste.

Ces premières lignes écrites ce soir du mardi 5 mars semblent d’ores et déjà si loin …

Encore un rendez vous en urgence, passage à l’échographie, cette fois « c’est » assez gros pour qu’on puisse le voir… L’échographie, ce moment qui peut te faire basculer de l’inquiétude à la béatitude, de l’espoir à la consternation… Je le vois. Je le savais bien que ce n’était pas juste un bout de placenta vide, je vois le sang qui afflue, ces tracés rouges et bleus que je reconnais, et ce début d’embryon comme les dernières fois. Ah non … Non, cette fois elle ne mettra pas le son pour écouter le coeur. Elle ne dit rien. Il est mal placé. Il ne pourra jamais redescendre. Jamais? Jamais. Et même si il était bien placé, il n’évolue pas correctement. C’est le bordel. Elle sort des mots qui restent en suspension dans ce bureau au murs roses et qui m’attaquent directement dans le fond de la gorge. Urgences. GEU. Injection. Opération si besoin en dernier recours. Mais vous savez on peut être encore fertile avec une seule trompe. Je n’entends plus rien. J’ai l’impression que seuls mes yeux comprennent. C’est sur eux que je pouvais me fier ce jour là, quand c’était le bordel de l’autre côté de cette porte alors que j’apprenais cette existence au creux de moi. Ce sont ces larmes qui me font comprendre que c’est le bordel, juste là à l’extérieur alors que tu ne cesses de grandir en moi me mettant fatalement en danger.

Une belle blague ce premier avril. Une vingtaine de cheveux blancs, toutes mes dents de sagesse et une trompe de Fallope en moins. Le jeune interne aura fait sa première ablation, qu’il trinque à ma santé dans le bar d’à côté à la docteur Mamour. Une journée qui avait bien commencé pourtant avec des bisous et de la tendresse à n’en plus finir. Et puis finalement elle s’est terminée de la même façon quand les yeux exposés et le coeur abimé je respire la nuque de mes filles. Elle arrive à m’encercler de ses grandes jambes quand je la porte protégeant ces quatre marques qui s’entremêlant aux vergetures des deux autres, me rappelleront toujours cette troisième grossesse; ce laps de temps de projets et d’excitations; ce ballon, qui même dégonflé reste près de moi.

GEU grossesse extra utérine

Je vous promets mes amours, demain sera une bonne journée, je ne sais plus de quoi elle sera faite, mais c’est la promesse que votre papa m’a susurré à l’oreille ce soir-là. Et lui est encore plus fiable que mes propres yeux.

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